Fargoinvestor Investir avec méthode, sans promesses ni battage
Portefeuilles débutants

La moyenne d'achat périodique expliquée en chiffres : une hypothèse chiffrée sur dix ans

Un virement automatique de 100 € chaque mois, quel que soit le niveau des marchés : voilà, en substance, toute la promesse de la moyenne d'achat périodique. Certains courtiers la présentent presque comme une martingale, un moyen d'acheter « au meilleur prix » sans jamais se tromper de moment. La réalité, telle qu'elle ressort des exemples chiffrés que les courtiers eux-mêmes publient, est plus modeste et plus intéressante à la fois. Le mécanisme ne garantit rien sur le rendement ; il impose en revanche une discipline, et cette discipline a un coût concret pour un épargnant belge qui investit de petites sommes chaque mois. C'est ce que montrent, pas à pas, deux exemples vérifiables et une extension pédagogique construite pour comprendre ce qui se passe sur un horizon de dix ans.

Qu'est-ce que la moyenne d'achat périodique ?

La moyenne d'achat périodique (souvent désignée par l'acronyme anglais DCA, pour dollar-cost averaging) consiste à investir un montant fixe à intervalles réguliers, quel que soit le prix du marché au moment de l'achat, plutôt qu'une somme globale investie en une seule fois au moment jugé « idéal », selon la définition donnée par le courtier BUX (2024). L'investisseur ne cherche pas à deviner si le prix va monter ou baisser la semaine suivante : il achète selon un calendrier fixe, et laisse le prix moyen d'achat se former mécaniquement au fil des versements.

Ce prix moyen se calcule simplement : il suffit de diviser le montant total investi par le nombre total de parts détenues. BUX illustre ce calcul avec un exemple chiffré : un investisseur ayant placé au total 400 € et accumulé 10,5 parts obtient un prix moyen d'achat de 38,10 € par part. C'est cette formule, et uniquement elle, qui permet de juger si la méthode a « bien » fonctionné sur une période donnée — pas une intuition sur la tendance du marché.

Démarrer un plan : cinq étapes concrètes

Avant d'entrer dans le détail des exemples chiffrés, il est utile de savoir à quoi ressemble la mise en place d'un tel plan côté courtier. BUX (2024) résume la démarche en cinq étapes :

  1. Définir un objectif et un horizon d'investissement.
  2. Choisir le produit — ETF ou action — sur lequel portera le plan.
  3. Fixer un montant mensuel à investir.
  4. Créer le plan de versements récurrents chez le courtier.
  5. Évaluer la stratégie une fois par an.
Cette séquence ne garantit aucun résultat ; elle organise simplement le processus. C'est précisément ce cadre répétitif, et non une promesse de performance, qui constitue l'intérêt réel du mécanisme — un point qu'il faut garder en tête avant de lire les deux exemples chiffrés qui suivent.

Dix mois chez BUX : le calcul pas à pas

Le premier exemple vérifiable porte sur dix mois d'un plan de 100 € mensuels, tel que décrit par BUX (2024) — seules les trois premières lignes du tableau sont détaillées ci-dessous. Le prix de la part varie d'un mois à l'autre, et le nombre de parts achetées varie en sens inverse :

moisprix par partmontant investiparts achetées
150 €100 €2
240 €100 €2,5
355 €100 €1,82

Le mécanisme saute aux yeux : au mois 2, quand le prix baisse à 40 €, le même versement de 100 € achète davantage de parts (2,5) qu'au mois 1 ou qu'au mois 3. C'est l'effet recherché par la méthode — pas une garantie de gain, mais une adaptation automatique du nombre de parts achetées à la variation du prix. BUX précise d'ailleurs qu'un tel plan est généralement accessible à partir de 10 € par mois, ce qui en fait un format ouvert à de petits budgets.

Douze mois chez Saxo : quand les parts entières compliquent le calcul

Le second exemple vérifiable, plus long, vient du courtier Saxo (2023) et porte sur douze mois d'un plan de 1 000 USD par mois, soit 12 000 USD au total.

Sur cette période, l'investisseur accumule 126 parts, pour 11 993 USD effectivement utilisés — il reste donc 7 USD non investis, reportés au mois suivant. Le prix moyen d'achat qui en résulte est d'environ 95,18 USD.

Ces chiffres sont ceux de l'exemple propre à Saxo, exprimés dans sa devise d'origine ; ils servent ici uniquement à illustrer le mécanisme, pas une donnée de marché belge. Pour un épargnant belge investissant en euros, l'achat de parts libellées en dollars ajoute en pratique une exposition au taux de change EUR/USD, un facteur que le calcul du prix moyen ne prend pas en compte.

Ce reliquat de 7 USD n'est pas un détail anecdotique : il tient au fait que, si le courtier n'achète que des parts entières, le solde non utilisé après chaque achat est automatiquement reporté au mois suivant, précise Saxo.

Un courtier qui propose des parts fractionnaires n'aurait pas ce reliquat ; selon le courtier et le produit, les achats peuvent en effet porter sur des parts entières ou sur des fractions de part.

Saxo propose aussi la comparaison inverse : investir les mêmes 12 000 USD en une seule fois, à un prix hypothétique de 100 USD par action, aurait permis d'acheter 120 parts — soit moins que les 126 parts obtenues par le plan mensuel, sur ce chemin de prix précis. Le DCA n'a donc pas « gagné » parce qu'il serait supérieur par nature, mais parce que le prix a, sur cette période précise, davantage baissé qu'il n'a monté.

DCA contre investissement en une fois : qui a raison ?

C'est là que les deux sources se répondent, et parfois se contredisent en apparence. BUX, qui commercialise ce type de plan, reconnaît tout de même une limite claire : le DCA protège contre un mauvais timing d'entrée, mais pas contre une baisse générale de la valeur des placements. Autrement dit, étaler ses achats n'empêche pas de perdre de l'argent si l'actif perd durablement de la valeur.

Saxo va plus loin dans la prudence et souligne que le DCA ne garantit ni un coût d'achat moyen plus bas, ni un meilleur rendement qu'un investissement en une fois. Le courtier rappelle même que certaines études ont constaté que l'investissement en une fois a souvent surperformé le DCA sur certaines périodes historiques, notamment quand les marchés montent de façon continue.

Ces deux positions ne s'opposent pas vraiment : elles décrivent le même mécanisme vu sous deux angles. Le résultat du DCA dépend entièrement du chemin de prix suivi par le marché sur la période considérée. Des prix en baisse ou qui fluctuent beaucoup permettent d'acheter plus d'unités pour le même budget ; un marché qui monte de façon régulière, lui, favorise mécaniquement l'investissement en une fois, puisque chaque euro investi plus tard achète moins de parts qu'un euro investi plus tôt. Aucune des deux approches n'est donc supérieure dans l'absolu — leur efficacité relative se joue a posteriori, sur la trajectoire réellement suivie par les prix.

Du mécanisme vérifié à dix ans : une hypothèse pédagogique, pas un backtest

Aucune des sources consultées ne contient de simulation chiffrée sur dix ans : les seuls exemples complets disponibles portent sur dix mois chez BUX et douze mois chez Saxo. Ce qui suit n'est donc pas une donnée de marché réelle, mais un scénario construit pour montrer comment la formule — montant total investi divisé par nombre total de parts — se comporte mécaniquement sur un horizon long, en reprenant la même logique que les deux exemples précédents.

Imaginons un versement de 150 € par mois pendant dix ans, soit 120 versements, traversant trois phases de marché distinctes. Pendant les trois premières années, le prix de la part recule progressivement de 50 € à 30 € : chaque versement de 150 € achète alors un nombre croissant de parts, exactement comme au mois 2 de l'exemple BUX. Pendant les trois années suivantes, le prix stagne autour de 32 € : le rythme d'accumulation des parts reste stable, sans effet particulier du mécanisme. Dans les quatre dernières années, le prix remonte de 32 € à 55 € : chaque versement achète alors proportionnellement moins de parts, comme au mois 3 de ce même exemple.

Sur l'ensemble des dix ans, le montant total investi atteint 18 000 €. Si ce chemin de prix stylisé permettait d'accumuler, par exemple, environ 480 parts au total, le prix moyen d'achat obtenu par la formule serait de 37,50 € — un chiffre purement illustratif, pas une projection de rendement. Ce qui ressort de cet exercice, c'est que la phase de baisse initiale pèse plus lourd dans le calcul final que la phase de hausse tardive, simplement parce que davantage de parts y ont été achetées à bas prix. C'est aussi pour cette raison que rester exposé le plus tôt possible — investir une partie de son salaire dès sa réception, plutôt que d'attendre un signal quelconque — permet de capter une partie de ces phases basses sans chercher à les identifier à l'avance.

La friction belge : frais, taxes et parts entières

Le mécanisme du DCA fonctionne de la même façon partout. Ce qui change, pour un épargnant belge qui investit 100 ou 150 € par mois, c'est le coût de friction associé à chaque versement.

Chez la plupart des courtiers belges, les frais de courtage pèsent relativement plus lourd sur les petits montants, les taxes sur les opérations de bourse s'accumulent à chaque achat, et beaucoup de courtiers ne proposent pas de fractions de parts — contrairement à l'exemple théorique vu plus haut, où 1,82 ou 2,5 parts pouvaient être achetées sans difficulté.

BUX pointe la même limite : les frais de transaction deviennent relativement plus élevés si le courtier facture chaque ordre séparément, ce qui pèse davantage sur les petits montants mensuels que sur un versement unique plus important. Un plan de 100 € par mois subit donc, à frais identiques par ordre, une charge relative supérieure à celle d'un versement de 1 000 € effectué une seule fois.

Cette friction ne rend pas la méthode caduque pour autant : elle se justifie précisément parce que les revenus sont perçus mensuellement et que la stratégie convient le mieux à l'investissement de long terme, pas à une opération ponctuelle. BUX rappelle d'ailleurs que le DCA est construit pour lisser des versements sur la durée, pas pour viser un résultat rapide — un argument comportemental plus qu'un calcul de coût, mais qui pèse dans la décision de maintenir un plan mensuel malgré les frais par ordre.

Questions fréquentes

Quel montant minimum pour démarrer un tel plan ? Chez BUX, un plan d'investissement périodique est proposé à partir de 10 € par mois, ce qui rend le mécanisme accessible même à un budget réduit.

Le DCA convient-il à un objectif de rendement à court terme ? Non : BUX considère que pour un objectif de rendement à court terme, le DCA est moins adapté qu'une autre stratégie, la méthode étant construite pour lisser des versements sur la durée, pas pour viser un résultat rapide.

Sur quels produits peut-on appliquer un plan périodique ? Selon Saxo, le DCA peut s'appliquer aux ETF, aux fonds ou aux actions individuelles, mais le niveau de risque varie fortement selon le produit choisi — le mécanisme de versement ne change rien à la nature du risque sous-jacent.

Comment automatiser concrètement les versements ? L'automatisation passe par une application ou une plateforme qui crée un calendrier de versements récurrents, selon Saxo. Chez BUX, concrètement, l'investisseur choisit un montant mensuel et un ETF ou une action, puis la plateforme exécute automatiquement l'investissement au jour choisi, sans intervention manuelle à chaque échéance.

Reste une question que ni BUX ni Saxo ne tranchent, et que chaque épargnant belge doit se poser lui-même : à partir de quel montant mensuel les frais par ordre et l'absence de parts fractionnaires finissent-ils par annuler l'intérêt de la régularité ? La réponse dépend moins du mécanisme que de la grille tarifaire du courtier choisi.

--- Cet article est publié à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Consultez un conseiller financier agréé avant toute décision d'investissement.

À lire ensuite

Ce site utilise uniquement des cookies fonctionnels. En poursuivant votre navigation, vous en acceptez l'utilisation. En savoir plus